Blog de JP Gouigoux

12/04/2014

Cranfield, 15 ans plus tard…

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Suite au dernier mail de demande de renseignements sur Cranfield University, où j’ai eu la chance de faire un Master il y a maintenant 15 ans, je me suis rendu compte que ces mails revenaient souvent, et que je répondais souvent aux mêmes questions. Du coup, plutôt que de continuer à renvoyer des mails individuels, je me suis dit que ça valait le coup de compiler toutes mes réponses en une seule page, vers laquelle je pourrai renvoyer les nouvelles demandes, et enrichir au fur et à mesure des questions qui n’auront pas déjà été posées.

Quelques points importants avant de lister les questions

  • J’ai fait Cranfield en double-diplôme de l’Université de Technologie de Compiègne, c’est-à-dire que l’année de Master a remplacé la dernière année à l’UTC.
  • Ma spécialité à Cranfield était Advanced Automation and Design : conception, robotique, automatisation de lignes de production. Cette spécialité était dans la School of Industrial and Mechanical Science.
  • J’étais là-bas en 1996-1997, donc tout ce que je vous dis ici est à prendre avec des pincettes.
  • A l’époque, j’avais écrit un dossier que vous pouvez trouver sur http://jp.gouigoux.free.fr/dossiers/cranf.htm
  • L’écriture ne sera pas très fluide, car les contenus ont été copiés-collés des divers mails envoyés par le passé. Il y a peut-être des redites, des enchaînements pas top, et j’ai laissé dans la plupart des cas les tutoiements issus des réponses individuelles.

Diplôme obtenu

A moins que les choses aient radicalement changé, Cranfield ouvre bien la porte au double-diplôme, c’est-à-dire que tu seras ingénieur UTC et avec un MSc (Master of science) de Cranfield dans la spécialité que tu auras choisie. Là-bas, tu ne choisis pas tes UVs, mais il y a un choix très large de masters.

Cranfield propose également d’autres diplômes (MBA, PhD, etc.), mais c’est une université qui ne fait que du graduate, c’est-à-dire après l’école d’ingénieur, ou en tout cas les deux premiers cycles. Bref, que du master ou du doctorat. Quand on vient de l’UTC, c’est en remplacement de la dernière année, donc pour faire un Master. Je ne crois pas que le MBA soit ouvert aux étudiants UTC, mais peut-être y a-t-il désormais des accords…

Niveaux des cours

Tous les Français avec qui j’ai discuté avaient à peu près la même opinion que moi sur les cours : ce n’est pas dans la théorie que se trouve la valeur de Cranfield. Il y a quelques très bons cours faits par des industriels, mais le niveau des cours est globalement inférieur à celui de l’UTC. Par contre, les cours ne durent qu’un peu plus d’un trimestre, et l’intérêt de Cranfield est dans le projet de groupe et la thèse. Et là, c’est très formateur, car beaucoup plus de moyens qu’en France.

Les profs sont très ouverts, donc si jamais tu vois que tu n’apprends vraiment rien à un cours, il n’y a pas de problème à lui expliquer que tu as déjà fait ça en long et en large à l’UTC, et que tu préfères prendre du temps pour le projet ou ta thèse. J’ai eu l’impression au début de perdre un peu mon temps en cours, mais j’ai rapidement changé d’avis. Exemple : cours sur les matériaux de l’ingénieur. Je pensais bien connaître le sujet après 3 UVs à l’UTC. Et bien, les cours à Cranfield m’ont pourtant appris énormément, car ils sont très appliqués. A l’UTC, on t’explique comment fonctionne un matériau à mémoire de forme. A Cranfield, un spécialiste mondial de ces matériaux t’en fait toucher, te dévoile les nouveautés en avant première, te raconte des anecdotes particulières, etc. Bref, ça vaut le coup d’y aller, quel que soit ton niveau préalable en la matière.

Choix du Master

Le choix est très large à Cranfield : mécanique automobile, aéronautique, nanotechnologies sont les grandes spécialités de Cranfield, qui est une référence au niveau européen, voire mondial, sur ces disciplines. En particulier, pour l’aéronautique, il y a quelques masters dans lesquels il n’y a qu’une quinzaine de personnes qui viennent de partout dans le monde et qui seront clairement les leaders mondiaux de la discipline après quelques années. Mais il y a aussi, avec un excellent niveau, de la robotique, de la finance, du management, etc. Quand j’y étais, il y avait des Français à l’école d’aéronautique, d’autres en systèmes maritimes. Je ne connaissais personne dans la section Motorsport Engineering, mais je suis à peu près sûr qu’il n’y a pas de domaine de restriction pour l’accord avec l’UTC…

Cranfield est une excellente université, avec un matériel absolument phénoménal. Ceux qui étaient en aéronautique avait un labo avec un réacteur pour leur essai, et il y a une piste d’aéroport au bord du campus. Et pas un aérodrome à coucous… une vraie piste de 4 kms où même des Boeing se sont posés. Moi, j’étais en robotique et on avait un atelier avec un robot de classe industrielle (les mêmes que ceux utilisés à l’époque pour la soudure dans les usines automobiles). Pour tout ce qui est nanotechnologie, Cranfield avait le centre le plus avancé en Europe.

Bref, pas de choix à l’intérieur du master, où les cours / TP / projets sont imposés, mais beaucoup de liberté de choix de ce que tu veux faire. Et surtout un matériel à faire pâlir : ceux qui bossaient sur les réacteurs d’avion avaient à disposition un vrai réacteur. Nous, on était une promo de 12 personnes et on avait un bâtiment complet à nous avec un atelier de 500 m² avec machines outils, bras robotique industriel, et un ouvrier à dispo pour nous aider à utiliser tout ça. Chacun avec sa table à dessin, et avec des profs ultra-disponibles. Le projet de groupe consistait en la conception et la réalisation d’un automate de test pour 3M, et on a fait la machine de A à Z. On avait également des TPs sur robots soudeurs, des maths de géométrie 3D, etc.

Franchement, ne t’attarde pas trop à l’intérêt des cours (il peut changer d’un prof à l’autre, et de toute façon, à Cranfield, les cours c’est 30% du boulot : tu apprendras plus de choses lors de ton projet et de ta thèse que sur les cours eux-mêmes, même si c’est bien sûr super d’écouter des grands spécialistes des domaines) ni à la valorisation du diplôme. Il faut prendre le domaine qui t’intéresse le plus, tout simplement !

Organisation de l’année

L’année dure d’Octobre à Août inclus, en gros, avec un premier tiers avec surtout des cours, un second tiers avec moitié cours moitié un projet industriel en groupe, et enfin le dernier tiers de l’année où, après quelques exams, tu bosses à 100% sur ta thèse. J’ai trouvé ça assez sympa. Le but n’est pas du tout d’assommer les étudiants avec des cours, c’est très light, mais TRES TRES appliqué. A la fin, tu sais bricoler un laser, flasher tes propres circuits imprimés, programmer un robot soudeur, etc.

Valeur du diplôme

Ayant travaillé trois ans pour une boîte anglaise, je ne peux pas nier que le double-diplôme a bien aidé. J’ai été coopté pour y entrer donc c’est dur à dire si ça a beaucoup joué, mais j’ai souvent entendu mes collègues anglais dire que le seul nom de Cranfield suffit à clore la conversation sur la qualité des études et la motivation. En tant qu’étudiant, c’est vrai qu’on en entend peu parler, mais c’est une université qui a une réputation phénoménale dans le monde professionnel.

Pour la recherche, Cambridge ou Oxford sont encore mieux cotées, mais dans le domaine industriel, les recruteurs ne jurent que par Cranfield (et pas seulement en Angleterre). Il y a des sujets particuliers (aéronautique, nanotechno, sport mécanique) où c’est clairement la meilleure filière européenne, voire mondiale. Pour bien se faire une idée, au niveau aéronautique par exemple, Cranfield dispose d’un aéroport à côté du campus. Et je ne parle pas d’un aérodrome pour des petits coucous, mais d’une piste de 4000 mètres où se posent des Boeing ! Pour les études sur les réacteurs, les étudiants bossent sur un vrai Pratt & Whitney d’avion de ligne… Comme c’est une université uniquement pour les masters et les doctorants, les moyens sont phénoménaux : même à l’UTC, qui est pourtant très "ingénierie appliquée", je n’aurais jamais pu passer trois jours à programmer un robot-soudeur de 4 tonnes. Ils ont aussi un tunnel à vent pour les études d’aérodynamique, et de manière générale un équipement très fourni.

En ce qui concerne le gain sur ma carrière, je pense pouvoir dire que ça a été positif, vu que j’ai trouvé un boulot de consultant à l’international dans une boîte anglaise après coup. Maintenant, je ne peux pas dire que Cranfield était un prérequis pour mon embauche. Et de toute façon, trois ans après, je me suis réorienté vers tout autre chose pour raison perso. Mais c’est en tout état de cause une école qui a une excellente réputation en Europe, et surtout énormément de matériel pour ses étudiants.

Salaires après Cranfield

Pour le salaire, même chose : je ne peux pas dire si le niveau que j’ai obtenu était complètement dû au double-diplome ou au fait que la boîte pour laquelle j’ai commencé à bosser payait très bien car elle était seule sur son créneau. Clairement, je gagnais plusieurs fois le salaire de mes camarades de promo qui étaient restés en France, mais je ne pense pas qu’on puisse généraliser. Il se passe juste que je bossais pour une boîte très spécialisée au niveau mondial, et qui nous envoyait en mission un peu partout. D’un autre côté, c’était pour eux un pari d’investir autant sur des ingénieurs, et je pense que le tampon "Cranfield" leur donnait une grande assurance de retour. Donc, d’une certaine manière, c’est dû en partie à ce double-diplôme.

Pour être plus clair, ce n’est pas parce qu’on fait Cranfield qu’on va être très bien payé, mais si tu veux bien gagner ta vie en acceptant de bosser à l’international sur des postes à responsabilités (avec les contraintes associées), Cranfield t’ouvre très bien les portes. Pour le salaire en Angleterre, c’est dur à dire, car les écarts sont beaucoup plus forts qu’en France.

Ambiance, vie sociale

L’ambiance est extrêmement sérieuse. Plusieurs personnes dans chaque cours sont des professionnels à qui leur boite paie un master, et qui ont absolument besoin de le réussir (sinon, ils doivent rembourser). Pas beaucoup d’animation sur le campus, et c’est effectivement paumé en plein milieu de la cambrouse. Clairement, on ne va pas à Cranfield pour la vie sociale…

Le seul point d’ombre que certains trouvaient à Cranfield était que c’est perdu au milieu de la brousse. Perso, ça ne me dérangeait pas, vu que je préfère le sport aux sorties, mais ça dépend des gens. C’est le cinéma, où il faut faire 8 bornes pour aller à la première ville… Mais l’ambiance campus a du bon, et pas que pour te tenir le nez dans les bouquins : on se sent entre étudiants, et l’atmosphère est vraiment très sympa : rien à voir avec Penn où les Américains étaient très froids et où je ne me suis fait des amis que parmi les étrangers. Les Anglais sont vraiment accueillants et tolérants, et puis il y a encore plus d’internationaux. Il y a un brassage énorme : je me suis souvent retrouvé à jouer au volley et à partir en soirée avec des étudiants que je ne connaissais pas. Je passais et ils avaient besoin d’un joueur de plus…

Autre chose : l’administration à Cranfield est aux petits soins avec ses étudiants, et le confort parfait en termes d’installations pour les étudiants : les locaux ne sont pas nécessairement design et tout, mais on avait chacun notre table à dessin au centre, des ordinateurs en pagaille, et un labo pour nous quinze. C’est même assez étonnant au début quand on t’explique que le bâtiment sur l’automatisme, c’est juste pour les Master en automatisme et les deux trois thésards. On se sent vraiment chez soi, et c’est surprenant au début, mais très agréable à l’usage. Ne serait-ce que d’un point de vue pratique : tu bosses sur un mécanisme, et tu vas te coucher : ben tu laisses tout sur place, y compris ta vaisselle si tu veux, il y a la cuisine à l’étage…

Coût

Le coût de Cranfield est absolument prohibitif pour les gens qui s’y inscrivent de manière indépendante (souvent, des professionnels auxquels leur entreprise paie un Master, avec obligation de l’avoir). Le fait de faire un double-diplôme signifie que ça ne coûte rien. Heureusement, parce que ça doit tourner autour de 20 000 € l’année désormais. C’est un énorme avantage de faire ça en étudiant d’échange par l’UTC.

Pour les bourses, j’avais eu la bourse étudiant habituelle, mais aussi les bourses AREPIC (Région Picardie). Pour le budget hors frais scolaires, c’est assez dur à dire : j’y étais il y a 15 ans. Si je me rappelle bien, ce n’était pas excessif. Si c’est resté à peu près dans les mêmes ordres de prix, j’imagine que les self catering units sont autour de 200 € par mois ou quelque chose comme ça, mais le mieux est de se renseigner auprès de l’université. On doit payer le logement et le restaurant en plus des frais d’inscription (qui sont à zéro si on est en double-diplôme, mais très élevés pour les personnes qui font Cranfield hors échange).

Job étudiant en même temps que les études : ça me parait difficile à Cranfield, car il n’y a rien d’autre que l’université sur le campus, et les projets prennent beaucoup de temps. Absolument incompatible avec la dose de boulot pendant la thèse, en tout cas si on veut la passer correctement. La première ville est à 10 kms, il n’y a quasiment aucune boutique sur le campus, et en plus les études prennent beaucoup de temps, surtout quand on rentre en mode projet. Si tes finances te forcent à bosser en même temps que tes études, je t’encourage à essayer de trouver une autre solution : chercher plus de bourses, envisager un emprunt, etc.

Logement

Le logement est obligatoirement sur le campus, ou à la rigueur à Cranfield village juste à côté, car c’est dans la campagne. Le campus contient deux ensembles d’habitation : Lanchester Hall et Mitchell Hall, ainsi que des "self-catering units" qui ont une cuisine. Dans les autres cas, on est obligé d’aller au restaurant universitaire, ou de manger dans sa chambre, mais sans grand chose pour faire la cuisine.

Si tu veux progresser en anglais, le mieux est de te loger dans les self-catering units : ce sont des maisons avec 5 à 6 chambres, et une grande cuisine en commun. Moi, j’avais un colloc mexicain, un nigérian, deux anglais, un écossais, c’était très sympa. Après, si tu es allergique à te faire la cuisine, il vaut mieux prendre une chambre seule et bouffer à la cantine, mais si je me rappelle bien, c’était pas donné, et pour les quelques fois où j’y suis allé… ben, ça reste de la nourriture anglaise, quoi !

Perso, je recommande fortement de loger sur le campus pour travailler dans de bonnes conditions. Ou alors à Cranfield village, qui est juste de l’autre côté de la piste : il y a quelques personnes qui louent des chambres aux étudiants à l’année, ça peut être sympa si le courant passe bien. J’ai un ami qui logeait chez une mémé super sympa : il avait une grande chambre, tout le confort et c’était moins cher que le campus… Mais voiture obligatoire, dans ce cas.

Banque

Aux dernières nouvelles (ça date quand même de plus de 15 ans, maintenant), il y avait une banque Natwest sur le campus, donc possible d’ouvrir un compte sur place. Perso, j’avais trouvé une française qui bossait en Angleterre et on s’arrangeait pour les transferts de fonds : elle me virait des sous de son compte anglais à mon compte anglais, et je virais l’équivalent de mon compte français à son compte français. Comme ça, pas de frais…

Langue / vocabulaire technique

C’est une question que j’entends souvent, et rassure-toi : en pratique, il est extrêmement réduit en fonction de la spécialité que tu prends. Tu vas buter au début sur quelques termes qui reviennent souvent dans un cours. Il ne faut pas hésiter à demander au prof de te l’écrire. Moi, à Penn, quand j’avais l’impression de ne pas capter un truc, je jetais un œil sur le bouquin, et je trouvais en général très vite. Je me rappelle de buoyancy (turbulence, en aérodynamique), ou de hierarchy (ça parait con de ne pas comprendre ça, mais prononcé par un Sino-Américain, ça donne ‘hi rocky’, et tu ne vois vraiment pas le rapport avec les statistiques…). Et en fin d’année, tu te rendras compte que le vocabulaire purement technique n’est composé que de quelques dizaines de mots, finalement. J’ai appris au moins vingt fois plus de mots différents en lisant Calvin et Hobbes ou Garfield en anglais. En fait, il y a énormément de mots non-techniques, mais qui ne sont pas utilisés dans la vie courante qu’on ne connait pas en sortant de cours. Et j’ai trouvé que les BDs étaient le mieux pour ces mots. Tiens, un quizz minute : est-ce que tu sais comment on dit en anglais un croc ? une griffe ? aiguiser en pointe ? Pas facile… Alors que aérodynamique, vent, aile, cockpit, qui sont pourtant techniques, je suis sûr que tu sais la version anglaise (surtout le dernier). Bref, le vocabulaire technique n’est pas un problème. Mais savoir converser avec un anglais du nord à l’accent impossible après trois pintes de Guinness… ça, c’est dur.

Cranfield comme deuxième séjour à l’étranger à l’UTC

Beaucoup de monde m’a dit que je ne pourrai pas repartir à l’étranger, que la scolarité ne voudra pas, blabla, blabla. La bonne réponse est : ce ne sont pas eux qui décident. Tu dois simplement convaincre les gens qui décideront (c’est-à-dire les recruteurs de Cranfield), à partir du moment où tu as envie de le faire. Si tu arrives aux entretiens avec Cranfield et qu’ils disent oui, l’UTC ne s’y opposera pas. Et pour passer l’entretien, il faut juste que tu expliques à l’UTC que tu es motivé par le programme de Cranfield, que tu as trouvé ton master là-bas, et te battre pour emporter leur accord.

Perso, j’ai été aidé par le fait que j’avais toutes mes UVs à la fin des deux ans : j’ai eu 14 UV en équivalence en revenant de Penn parce que j’avais fait 10 cours là-bas au lieu de 9, et au semestre après, j’ai bien gazé avec 7 UVs presque toutes avec mention + le stage. Bref, j’avais mes 22 UVs, donc ils m’ont laissé partir sans aucun problème.

Au final, l’important est qu’il n’y a pas de règle disant qu’on ne peut pas repartir. Si tu montres que tu es motivé, ils ne feront pas de différence avec quelqu’un qui serait déjà parti. Et surtout, lors des entretiens avec Cranfield, le fait d’avoir un excellent niveau d’anglais est un énorme plus.

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